Marcel Kienné de Mongeot (1897-1977) est le fondateur en France du nudisme. Il est né le 19 février 1897 à Rethel (Ardennes) d’une famille apparentée à Jeanne d’Arc. Plusieurs membres de la famille ayant eu des problèmes de tuberculose, il fut élevé par sa mère en pleine nature. Il fit la guerre de 14-18 en tant que pilote aviateur et après devint journaliste sportif au « Gaulois », principal journal de l’époque.

« Un corps sain dans un esprit sain »

Il aimait se baigner sur la plage de Biarritz en 1920 avec un maillot une pièce dont il avait roulé le haut pour former un slip. Il fut chassé de la plage car les seins de l’homme étaient érotiques à l’époque, comme maintenant encore les seins des femmes. Il se fit la promesse de pouvoir se baigner complètement nu, un jour. Il fonda une revue, « Vouloir », pour la régénération des Français et la lutte contre l’alcoolisme et la tuberculose des villes. Il prit la défense du danseur Malkovsky qui avait dansé avec un simple slip au théâtre des Champs-Elysées, en créant un gros scandale…. Il s’oriente vers l’idéal grec « Un corps sain dans un esprit sain ». Après avoir défendu cet idéal, il est amené à le mettre en pratique. Pour cela il fonde en 1926 la revue « Vivre intégralement » et le « Sparta-club ». D’abord, il loue le château de Garambouville et son parc près d’Evreux (Eure) où l’on peut se baigner et pratiquer tous les sports intégralement nu. Puis, devant le succès, il ne cesse de se rapprocher de Paris : au « Douaire » près de Gaillon, au manoir Jan à Fontenay-Saint-Père à 6 kilomètres de Mantes, enfin au château d’Aigremont par Chambourcy.

Polémiques et controverses

Son modèle était anglais : « un country-club gymnique ». Son projet est de prouver la possibilité d’un nu chaste, ce qui était inimaginable à l’époque. Il pensait y arriver par le haut, en invitant des députés et des sénateurs, qui pourraient changer la loi. Ils venaient et appréciaient, mais en cachette et pas officiellement ; il fallait en faire l’expérience pour découvrir cette impasse. Il entreprend une tournée de conférences à travers la France et très vite des sections gymniques se créent à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Reims, Toulon, Strasbourg et aussi en Algérie et au Maroc. Mais cela ne se fait pas sans résistance ni vacarme : les polémiques, les manifestations et plusieurs procès l’accompagnent. La revue « Vivre » est interdite à l’affichage et même à la vente dans les kiosques. Tout cela se fait dans un climat de violence, inimaginable aujourd’hui. Les adversaires, sous prétexte d’outrage à la pudeur, voulaient interdire tout rencontre de personnes nues, même consentantes ou volontaires : « Ce n’est pas parce qu’il n’y a personne d’outragé que le délit n’existe pas moins ». Finalement, après des arrestations et bien des polémiques, on a obtenu que la pratique de la nudité collective ne soit pas poursuivie à condition qu’elle se déroule « dans une propriété privée, close et occultée »…