En 2016, Facebook et Instagram continuent d’interdire la nudité complète dans les photos postées sur leurs sites respectifs, même 50 ans après la libération sexuelle.

Deux poids deux mesures

Peu importe qu’il s’agisse de photos d’art ou d’exhibition de ses parties intimes (même si les deux ne sont pas incompatibles), la seule exception acceptée étant les photos post-mastectomie ou les images à caractère informatif ou éducatif, dont la définition reste cependant sujette à l’interprétation univoque des administrateurs. La raison invoquée revient aux conditions de l’App Store Apple qui interdit les contenus à caractère sexuel. Cependant, les horreurs survenues au Bataclan le 13 novembre 2015 ont montré qu’ils n’ont pas de problème avec les photos de cadavres humains encore chauds, puisque Facebook avait dans un premier temps refusé le retrait des images des victimes, malgré de nombreuses protestations des utilisateurs, avant que les services de police n’interviennent.

La nudité fascine…

Évitons tout d’abord le poncif récurrent de la prétendue superficialité de notre société, car on retrouve ce reproche dans la littérature de toutes les époques, de Socrate à la Marquise de Sévigné. La superficialité semble un trait caractéristique aux sociétés en temps de paix et il va falloir vivre avec. Ce qu’on peut dire de nouveau en revanche, c’est que depuis qu’on a chassé la religion de la société civile, les gens n’ont jamais aussi peu aimé leur corps : prolifération de régimes alimentaires en tous sens, multiplication des salles de sport dont le marketing repose d’avantage sur l’esthétique que sur la santé ou sur la performance sportive, et surtout développement de nouvelles formes de chirurgie esthétique, comme la labioplastie, la pose de prothèses de fesses, de pectoraux, les déplacements de graisse divers, etc. La beauté peut se limiter à quelques critères comme la blancheur des dents, la taille des seins, la musculature et le tour de taille, et tout ce qui s’en éloigne est soigneusement moqué depuis la cour de récré jusqu’aux plateaux télé des émissions people. Les dépenses cosmétiques ont explosé depuis la seconde Guerre mondiale, échouant manifestement à rendre les gens plus heureux. Et si, passée la quarantaine, les gens semblent s’accepter un peu mieux, chez les 14-30 ans, le corps est plus souvent un ennemi à soumettre qu’un allié.

Il n’en demeure pas moins que la perception de la nudité est tout à fait fascinante : il est difficile de présenter au public une image d’une personne nue sans entendre immédiatement des commentaires de nature sexuelle. Peut-être la faute à la culture porno, mais là encore, pas sûr que ce soit la seule cause : à en croire le bon sens paysan, les jeunes filles court vêtues chercheraient à se faire violer, et la nudité – partielle ou totale – ne serait qu’une excuse voire un incitatif à abuser d’elles puisqu’en fait leur incitation formerait un consentement implicite. On notera en revanche que le propriétaire d’une voiture de luxe ne se fera jamais dire qu’il cherche à se la faire voler en la garant dehors.

 

Crédit photo : steamfeed.com