Avec la fin des beaux jours et l’arrivée des premiers frimas, c’est un autre monde et une autre nature qui s’offrent aux naturistes. Désormais, les centres de vacances qui les accueillaient ont fermé leur porte. Seuls les locataires d’une résidence à l’année résistent. Tous les autres, vacanciers habituels ou occasionnels, ont déserté leur éden ensoleillé. Il est donc temps de s’interroger sur ce qui pourrait permettre aux adeptes de la dénudation corporelle en accord avec l’éthique naturiste de s’accommoder des rigueurs hivernales et proposer un modus vivendi qui libère la démarche naturiste de son addiction au soleil et lui confère une véritable autonomie comportementale.

Trois constatations pour commencer…

A cette démarche, il convient de poser quelques préalables sans lesquels toute réflexion concernant un naturisme adulte et décomplexé n’aurait de sens. Première constatation : le distinguo entre « naturisme », « nudisme » et « nudité » est chaque jour plus virtuel… Pourquoi ? Parce que, comme dit le bon sens populaire, « les temps changent, mon brave monsieur ! » et qu’on ne peut endiguer perpétuellement une évolution inéluctable, sauf à prendre le risque de se faire inexorablement submerger et engloutir dans l’indifférence générale sans inspirer l’ombre d’un regret.

Deuxième constatation : l’ère de la doctrine hygiéniste, ancêtre idéologique du mouvement naturiste moderne, a donné naissance à l’ère de la culture hédoniste et consumériste. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse ne change rien à l’affaire… Mais comme pour tout enfant, on est en droit de se demander ce qu’il en adviendra : va-t-il croître et embellir, devenir celui qui fera la fierté de ses parents ou, au contraire, sera-t-il le cancre de sa classe, celui que l’on doit toujours surveiller ? L’avenir le dira… Quoi qu’il en soit, la nudité n’est pas et ne sera jamais un état naturel car « rien n’est plus civilisé que la nudité d’un humain ». Par ailleurs, « la nudité n’est pas une situation objective, mais un état de conscience », ce qui renvoie aux oubliettes toutes les dissertations oiseuses sur la pseudo-indécence de tel ou tel ornement corporel, sachant que l’on n’échappera pas au fait que « la nudité est [– et sera –] considérée comme une parure en elle-même, comme un vêtement neuf et somptueux ».

Troisième et dernière constatation : l’avenir a toujours raison… Ce qui précède pourrait, si l’on voulait s’en donner la peine, faire l’objet d’un débat entre théoriciens de la nudité et praticiens du milieu naturiste pour ouvrir une voie d’évolution dont le mouvement naturiste pourrait tirer avantage. Si ce débat avait lieu, il devrait tenir compte de tous les paramètres socioculturels de notre monde dit « civilisé » et des aménagements légaux nécessaires pour que celui-ci s’accommode des exigences existentielles du microcosme naturiste. Vaste programme en perspective…