Sans prétendre donner une image (trop) idyllique du naturisme tel qu’il se vit aujourd’hui dans les clubs et centres dédiés à sa pratique, force est de constater que les affligeantes vicissitudes souvent déplorées ailleurs sont aussi inexistantes qu’inimaginables : y a-t-on jamais vu une nuisance récurrente, une rixe, une ébriété, une gravelure outrageante et jusqu’à un délit de crapulerie ou de vandalisme ? À supposé que, par extraordinaire, une telle outrance se produisît, vu la consternation et l’effarement que cet épisode provoquerait, il y a tout lieu de penser que, en application de l’éthique élémentaire de non-violence et de respect d’autrui que l’esprit naturiste insuffle à ses adeptes, le ou les auteurs de ces actes se verraient sanctionnés aussi sévèrement que s’ils s’étaient rendus coupables d’obscénité ou d’exhibitionnisme aggravé ! Ceci étant dit, le mouvement naturiste, au même titre qu’une alimentation végétarienne ou qu’une hygiène de vie irréprochable, ne peut, en aucun cas, malgré ses qualités intrinsèques, se suffire à lui-même s’il veut influer durablement sur la société. Pour cela, il se doit d’être le vecteur d’un message clair, efficient et universel porté et diffusé par des personnalités charismatiques. Non pas des « chercheurs » ou des idéologues cantonnés au stade du concept, mais bien des praticiens – urbanistes, paysagistes, architectes, artisans, autodidactes – pleins de bon sens concret, ayant les moyens de leur ambition et s’appliquant à eux-mêmes les principes humanistes qu’ils préconisent.

Agir, mais avec tact

L’important, c’est d’agir et de construire dans la durée, ce qui implique la présence d’un dirigeant au comportement exemplaire, doté d’une volonté, d’une persévérance et d’un sens de l’organisation à la hauteur des enjeux ce que, jusqu’à ce jour, seuls les « messies » à l’origine des religions monothéistes ont été capables de faire. À l’instar de ces doctrines universalistes prônant l’amour de son prochain, et pourtant à l’origine de tant de guerres et de sang versé, il s’agit pour tout mouvement non-violent d’éviter les nombreux écueils qui ne manquent pas de jalonner sa route : individualisme, orgueil, cupidité, cynisme, obsession du vice, impéritie, lâcheté, mépris d’autrui, hypocrisie, cruauté, fanatisme, intolérance, gabegies environnementale et alimentaire, anarchie, financiarisation du travail, corruption, « révolutionnite », et même ascétisme radical. À l’inverse, ce qu’un mouvement non-violent doit toujours avoir en ligne de mire s’appelle : tolérance, solidarité, fidélité aux engagements pris, dignité des comportements, intégrité, partage équitable des biens, compassion, estime de l’autre, respect du patrimoine et de l’environnement, vie saine, contrôle de soi, valorisation des activités manuelles, amour des beaux-arts, promotion de l’égalité hommes-femmes et de la médecine « globale » et, bien sûr, optimisme et humour…